La littérature koweïtienne occupe une place singulière dans le Golfe. Le pays a connu tôt une vie intellectuelle organisée, portée par des revues, des cercles de lecture et un lectorat urbain formé dans des écoles ouvertes dès les années 1910. Cette antériorité explique que le roman koweïtien soit souvent présenté comme le plus ancien de la péninsule Arabique.
Avant le pétrole, l'expression écrite reposait surtout sur la poésie, qu'elle soit classique ou nabatie, cette poésie dialectale bédouine transmise oralement et encore vivante aujourd'hui. La nouvelle apparaît dans les années 1920 et 1930 dans les pages des premiers périodiques. La revue Al Arabi, fondée à Koweït en 1958, devient rapidement l'un des magazines culturels les plus lus du monde arabe et diffuse la production locale bien au-delà des frontières du pays.
Ismail Fahd Ismail, mort en 2018, reste la référence centrale. Auteur d'une vingtaine de romans, il est généralement décrit comme le père du roman koweïtien et a formé plusieurs générations d'écrivains. Laila al-Othman, née en 1943, s'est imposée par des nouvelles et des romans qui abordent la condition des femmes et les tensions de la société. Taleb Alrefai, né en 1958, compte parmi les rares auteurs du pays traduits en français et anime un atelier d'écriture qui a révélé de jeunes plumes.
Saud Alsanousi, né en 1981, a obtenu le Prix international de la fiction arabe en 2013 pour Saq al-Bambu, récit d'un fils de domestique philippine confronté au Koweït de son père. Le même roman lui avait valu l'année précédente le prix littéraire de l'État du Koweït. Bothayna Al-Essa, née en 1982, mène de front une œuvre romanesque et un travail d'éditrice, avec une librairie et une maison d'édition qui ont beaucoup fait pour la circulation des textes traduits.
La Foire internationale du livre de Koweït, organisée chaque automne, demeure un rendez-vous majeur de la région. Les questions de censure y restent sensibles, plusieurs milliers de titres ayant été retirés de la vente au cours des années 2010, ce qui a suscité de vives protestations d'écrivains et de libraires. Les enseignes indépendantes de la capitale et les traductions vers l'anglais assurent néanmoins à cette littérature une audience internationale croissante.