Le Koweït combine un attachement fort aux structures familiales et tribales avec une expérience politique inhabituelle dans la région, marquée par une assemblée élue et une presse longtemps plus libre que celle de ses voisins. Comprendre les mentalités locales suppose de tenir compte de cette double référence.
La famille étendue constitue l'unité sociale de référence. Le nom situe immédiatement une personne dans un réseau de parenté, une origine géographique et parfois une confession. Les obligations d'entraide, d'hospitalité et de présence aux événements familiaux pèsent lourd et structurent l'emploi du temps, y compris professionnel.
L'islam est religion d'État et fonde le droit du statut personnel. Les Koweïtiens sont majoritairement sunnites, avec une minorité chiite estimée autour du tiers des nationaux, particularité rare dans la péninsule. La pratique s'affiche dans le rythme des cinq prières, dans le calendrier du ramadan et dans une prohibition totale de l'alcool. Les cultes chrétiens disposent d'églises reconnues, tandis que les autres confessions pratiquent dans un cadre privé.
Une distinction ancienne oppose les hadar, familles marchandes installées de longue date dans la ville close, aux badou, issus de tribus sédentarisées au vingtième siècle et naturalisés plus tardivement. Ce clivage se lit encore dans la géographie des quartiers, dans les résultats électoraux et dans les choix de mariage, même s'il s'estompe chez les jeunes générations urbaines.
Les Koweïtiennes votent et se présentent aux élections depuis 2005 et forment la majorité des étudiants de l'université publique. Elles occupent des postes de responsabilité dans la banque, la santé et l'administration. Le droit du statut personnel demeure toutefois inégalitaire, notamment en matière de divorce, de tutelle et de transmission de la nationalité aux enfants nés d'une mère koweïtienne et d'un père étranger.
Sur une population d'environ cinq millions de personnes, un peu plus d'un million et demi seulement possèdent la nationalité koweïtienne. Les autres relèvent d'un système de parrainage qui lie le titre de séjour à l'employeur et n'ouvre pratiquement aucune voie vers la naturalisation. Il en résulte une société très segmentée, où la nationalité conditionne l'accès à l'emploi public, aux aides et aux services subventionnés. Cette segmentation reste le principal sujet de débat interne sur le modèle social du pays.